Une restauration critiquée, mais respectueuse du passé du château

Restauration des galeries en bois du logis seigneurial dans la cour intérieure © CD 67 - Château du Haut-Koenigsbourg, Alsace, France
Le jeune architecte berlinois Bodo Ebhardt est nommé par Guillaume IIpour diriger les travaux.

A la fois architecte et spécialiste des châteaux forts, il s'appuie sur des principes rigoureux : tout d'abord, il conserve et analyse les décombres et pans de mur. Ensuite, il consulte et interprète de nombreux textes d'archive. Enfin, il établit des comparaisons avec d'autres châteaux forts européens.

Toutes ces études lui permettent d'identifier les différentes parties du château, de recréer des décors plausibles et de compléter la ruine de manière vraisemblable.
Les murs encore en place sont vérifiés bloc par bloc et les parties fragiles sont remplacées à l'identique. Une patine permet ensuite d'homogénéiser le tout.

Afin de signaler les parties restaurées, Bodo Ebhardt imagine des marques de restauration : chaque bloc remplacé porte une marque taillée dans la pierre. Chaque marque correspond à une année de travail et l'ensemble compose un calendrier de huit années, de 1901 à 1908. De nos jours, ces signes sont toujours facilement identifiables dans tout le monument.

La polémique autour de la restauration

Dès l'attribution du chantier à Bodo Ebhardt, les critiques fusent.

Otto Piper, auteur de la Burgenkunde (la première somme scientifique sur les châteaux forts allemands) et rédacteur du journal "Le courrier du Bas-Rhin", se déchaîne. Guillaume II l'avait d'abord consulté mais son projet de conservation de la ruine ne l'avait pas séduit.

Arguant qu'une restauration risque de dénaturer la valeur historique du site, le candidat évincé condamne systématiquement le travail de Bodo Ebhardt, qu'il accuse d'opportunisme.

Le donjon objet des polémiques

La polémique se cristallise surtout autour de la forme du donjon. Alors que Bodo Ebhardt le restitue, avec raison, de forme carrée, les opposants à la restauration certifient qu'il était rond. Ces détracteurs, dont d'éminents scientifiques, vont jusqu'à fabriquer de fausses preuves pour illustrer leurs dires !

Ces attaques sont évidemment orientées contre le symbole politique que devient le Haut-Koenigsbourg entre les mains de l'empereur. Ce dernier n'est pas épargné. Suite à l'inauguration, une partie de la presse régionale et internationale, et des anti-germanistes notoires comme l'illustrateur Hansi s'en donnent à cœur joie. Ils se moquent du défilé historique. La cérémonie se voulait grandiose, ... elle s'est déroulée sous une pluie battante!
Le Kaiserwetter (le beau temps censé accompagner l'empereur) s'était éclipsé !

La décoration et l'ameublement du château

Dans l'optique de créer un musée destiné à recevoir du public, le Hohkönigsburgverein (littéralement "Société du Haut-Koenigsbourg") est chargé de réunir les moyens nécessaires pour décorer et meubler le château. Composée de professeurs d'université, d'architectes et d'archéologues, cette société est fondée en 1904.

Jusqu'à la fin de la Première Guerre Mondiale, près de 500 membres s'activent en Alsace, Lorraine, Suisse et même au Tyrol pour réunir toute une collection d'objets rhénans (armes, mobilier…) de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance.
En parallèle et dès sa création, la Société assure la promotion touristique du monument.
Bien que le site soit encore en chantier, l'entrée devient payante en 1904.

C'est également elle qui organise le défilé historique de l'inauguration du château et qui demande à Léo Schnug, artiste alsacien passionné par le Moyen Âge et spécialiste des uniformes militaires, d'en dessiner les costumes.

Après l'inauguration, elle prend en charge les décorations du logis et confie la réalisation des peintures murales de la salle du Kaiser (salle des fêtes) et de la salle des trophées à Léo Schnug.

De l'inauguration à nos jours

Le 13 mai 1908, le château du Haut-Koenigsbourg est enfin inauguré en grande pompe.

Les travaux de finition et les aménagements intérieurs, dont les peintures murales réalisées par l'artiste alsacien Léo Schnug, se poursuivent néanmoins jusqu'à la Première Guerre Mondiale.

Le conflit stoppe tous les travaux, laissant quelques décorations inachevées, comme la chambre "dorée" du donjon, laissée à l'état brut.

Après la Première Guerre Mondiale et la signature du Traité de Versailles, le château entre dans le domaine national français. Le monument devient un lieu touristique mais il reste de bon ton d'en critiquer la restauration, œuvre de l'ennemi. Il faudra attendre l'apaisement des relations franco-allemandes pour que l'ouvrage soit reconsidéré. Après deux guerres mondiales qui l'ont épargné, il est classé Monument historique dans son intégralité en 1993.


Aujourd'hui, 100 ans après sa restauration, le château fort du Haut-Koenigsbourg dresse sa fière silhouette au cœur d'une Europe unifiée.

Devenu propriété du Département du Bas-Rhin en 2007, le Haut-Koenigsbourg offre une vision remarquable de ce qu'était un château fort à la fin du Moyen Âge et apporte un témoignage sur l'histoire européenne du début du 20e siècle.

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Restauration des galeries en bois du logis seigneurial dans la cour intérieure © CD 67 - Château du Haut-Koenigsbourg, Alsace, France